entete

Programme des Rencontres « A vos bêtes! » du 12 au 14 août 2022

RENCONTRES ELEVAGE – « A VOS BETES » 2ème édition!

A FAIRE CIRCULER auprès des éleveuses et éleveurs de votre connaissance

Les rencontres élevage auront lieu du 12 au 14 août 2022 à Tarnac en Corrèze, après une première session à la zad de Notre Dame des Landes l’été dernier. Merci de bien vous inscrire sur le framaform suivant si vous souhaitez venir pour que nous puissions vous accueillir au mieux : https://framaforms.org/inscription-a-vos-betes-1655309133

Les repas seront assurés tout au long des rencontres par des cantines à prix libre. Il y aura aussi une buvette et un terrain où planter sa tente.

On est impatients de vous rencontrer! A bientôt

VENDREDI 12 AOÛT

        10h : accueil, tour de la ferme accueillante et de ses animaux, présentation du lieu collectif.

        11h : Tour de table et présentation des personnes et fermes présentes

        12h : Repas

        13h30 : Introduction en plénière

        Présentation des rencontres élevage et de ses objectifs : qu’est-ce qui préside à ces rencontres? de quels énoncés communs partons-nous? 

        Nous reviendrons sur la genèse des rencontres élevage et ses objectifs : 1) écrire une tribune qui précise vers type d’élevage nous voulons tendre et en quoi ce type d’élevage nous paraît une         réponse à la crise écologique et sociale ; 2) monter un réseau de compagnonnage qui relie plusieurs milieux et courants paysans, forme des personnes selon des valeurs communes, et participe d’un         mouvement plus large de réappropriation des terres contre l’agro-industrie.

        14h : Domestication – quel rapport sensible aux animaux voulons-nous défendre?

        Le rapport sensible aux animaux que nous partageons en tant qu’éleveur nous semble central dans notre métier et décisif dans notre manière de concevoir le monde : quelle sorte de relation         domestique humain/animal nous paraît souhaitable et juste? 

        Ce rapport sensible inclut une réflexion ou une prise en charge de la mort de nos animaux, mort que nous ne voulons pas invisibiliser : qu’est-ce que produit la mise à distance de la mort dans nos         sociétés aujourd’hui? Contre quoi luttons-nous quand nous voulons assumer l’entièreté du rapport vie/mort à l’animal?

        Table-ronde avec Stéphane Galais (éleveur en Ille-et-Vilaine impliqué dans le groupe de réflexion humain/animal de la Confédération paysanne) et deux éleveuses-bouchères.

        17h-19h : « Le sens de l’élevage aujourd’hui » – Echange en petits groupes

        Qu’est-ce que cela change pour nous de vivre avec les bêtes ? Qu’est-ce qui distingue l’élevage paysan que l’on défend de l’agriculture en général? Y a-t-il une façon particulière pour les éleveurs de voir et d’habiter la terre ?

        20h30 : Présentation et discussion autour de la situation agricole sur le plateau de Millevaches : départs à la retraite, pas assez de repreneurs, quelles pistes pour la création d’une réserve foncière?

        SAMEDI 13 AOÛT

        9h – Quel rapport à la nature et au vivant voulons-nous défendre?

        Quel rapport à la nature en élevage veut-on défendre? Quels types d’élevage mettre en place qui préservent la biodiversité ? Dans quelle mesure relégitimer le rôle des éleveurs en tant que      protecteurs du vivant ? Comment protéger la biodiversité depuis les usages (ou les non-usages), et dépasser l’écueil d’une préservation de la nature parachutée et déliée des pratiques autochtones ?

        Avec des membres de Paysans de nature

        Dans un contexte de déréglements climatiques, de sécheresses aggravées et d’épuisement des sols, sortir d’un cadre productiviste sans considération des autres usages et des autres êtres vivants va apparaître comme de plus en plus indispensable et salvateur. Renaturaliser plutôt qu’artificialiser, baisser notre consommation en énergies fossiles et en intrants : comment impulser techniquement un tel mouvement?

        Quelle position commune pouvons-nous porter dans le réseau de compagnonnage sur ces questions?

        12h00 : repas

        13h30-16h30 – Groupe 1 : Quelle relations les éleveurs et leurs animaux entretiennent-ils avec la flore et la faune sauvage… et réciproquement ?         

        Balade-discussion sur les parcours de pâturage diversifiés de la ferme, avec les éleveurs du GAEC Terras Communas, l’association Le champ des possibles et des membres de l’association Paysans de nature (2 petits groupes). 

        13h30-16h30 – Groupe 2 : Constitution d’un réseau de compagnonnage.

On travaillera en petit groupe à la formation d’un réseau de compagnonnage sur des fermes en polyculture élevage. 

Le pari : 

        – faire connaître la possibilité d’élever des bêtes autrement donnera envie à davantage de personnes de devenir éleveur-ses

        – aider aux installations par de la veille foncière depuis les fermes existantes du réseau et en permettant des installations progressives ou collectives

        – montrer en quoi un certain type d’élevage comme manière non hors-sol de se relationner au vivant et comme manière de prendre part à une production à taille humaine de l’alimentation permet de s’attaquer concrètement à la crise écologique et sociale

        17h – Comment gagner des terres sur l’agro-industrie? Lutter contre l’artificialisation des terres grâce à l’élevage (partie 1)

        Quelles stratégies de combats administratifs et de recherche de fonds pour prendre du foncier sur l’agro-industrie?

        Témoignages

        19h30 Repas

        21h – Comment gagner des terres sur l’agro-industrie? Lutter contre l’artificialisation des terres grâce à l’élevage (partie 2)

        Quelles stratégies offensives et de luttes contre l’accaparement du foncier par l’agro-industrie ?

        Présentation des actions des Soulèvements de la terre et des possibilités d’occupation de terres. Quelles possibilités d’actions depuis le réseau éleveur A vos bêtes? Comment penser la participation de fermes d’élevage à des luttes?

        DIMANCHE 14 AOÛT

        9h30 Groupe 2 : balade/discussion sur le terrain (cf samedi après-midi)

        Groupe 1 : réseau  de compagnonnage (cf samedi après-midi)

        12h30 : repas

        14h – Bilan des positions communes élaborées pendant le week-end en vue de l’écriture de la tribune

        15h – Quelles stratégies déployer au niveau national pour favoriser les vocations et les installations? Quelles stratégies pour lutter contre l’accaparement des terres? 

        Bilan des propositions, retour sur le réseau de compagnonnage, perspectives et suites. 

      17h30 – Baignade au lac

       20h – Repas de clôture aux produits de la ferme

        Fête de clôture

        LUNDI MATIN 15 AOÛT

        Petit déjeuner

        Démontage et départ des participants. 

Retours sur le printemps maraîchin contre les méga-bassines

Le Syndicat de la Montagne Limousine participait les 26 et 27 mars derniers à la mobilisation nationale contre l’accaparement de la ressource en eau par l’agro-industrie sur la commune de la Rochénard dans les Deux-Sèvres aux côtés de nos ami.e.s du collectif Bassines Non Merci, de la Confédération Paysanne et de tous les collectifs participant à la dynamique de lutte lancée par le mouvement des Soulèvements de la Terre.

Suite à cette mobilisation dont vous pouvez avoir un aperçu dans la dernière édition de BNM TV, la télé du mouvement contre les bassines, le groupe eau du syndicat participait à animer une discussion pour creuser les pistes d’organisation autour de la préservation de la ressource en eau et de la mobilisation des habitants sur cette question bien souvent accaparée par les lobbies et les spécialistes… retour en vidéo sur cette « assemblée des rivières » qui on l’espère trouvera bientôt des prolongements en termes de coordination des collectifs et associations travaillant sur ce sujet à l’échelle du bassin-versant de la Loire et au-delà.

BNM TV n°41 Le printemps maraîchin

L’assemblée des rivières – La Rochénard 27 mars 2022

A VOS BÊTES !

RENCONTRES sur l’ÉLEVAGE2ème édition

-INVITATION-

Éleveuses, éleveurs,

Le temps presse. Nous traversons une crise écologique, sociale, économique, sensible, technique. Nous travaillons au quotidien pour avoir de belles fermes, des animaux en bonne santé et participer à préserver les territoires que nous habitons. Pourtant, partout, de nombreux paysan-nes vont partir à la retraite sans repreneur-ses, et chaque année en France des dizaines de milliers d’hectares de terres agricoles finissent bétonnés ou, plus insidieusement, sont accaparés par des systèmes agro-industriels. 

En tant qu’éleveur-ses, nous avons un rôle à jouer dans le combat contre la destruction du vivant et pour une autre agriculture. Les relations que nous nouons au quotidien à la fois avec les animaux et les milieux nous inclinent à un rapport sensible et écologique au vivant qui s’oppose au monde hors-sol et basé sur la logique unique du profit. Nous pensons que ce rapport est vital dans l’époque et doit être propagé.

Il nous paraît nécessaire de proposer, à l’instar du travail fait par des collectifs comme Paysans de nature, des modèles d’élevage et des manières de se lier aux animaux et au vivant qui donnent largement envie de devenir éleveur-ses, loin de l’image mortifère de l’agriculture intensive et de ses industries. Un élevage qui s’adapte et valorise les milieux naturels dans lesquels il s’insère en prenant soin de leurs flores et leurs faunes, plutôt que de les artificialiser pour davantage les exploiter. Un élevage plein air ou pastoral, à même de questionner les mesures de biosécurité qui face aux maladies n’apportent que deux réponses : le confinement ou l’abattage de masse. Un élevage capable d’accroître son autonomie vis-à-vis des intrants, des technologies, des banques… et qui ne se soumet pas aveuglement aux normes dictées par l’agro-industrie sous couvert des institutions.

Il s’agit également, aux côtés de structures comme les civams ou les adear, de penser des formes d’installations qui répondent aux besoins des nouvelles générations, en développant une paysannerie dense, dotée de savoirs faire techniques, de réseaux d’entraide et de partage dans des territoires ruraux qui ne sont ni des déserts ni des dortoirs. Pour aller vers une autre agriculture, il paraît indispensable comme le dit l’atelier paysan que plus de personnes prennent en charge la production de l’alimentation et pensent concrètement la question de l’autonomie matérielle.

Nous invitons tous les éleveur-ses soucieux de ce combat à venir aux 2èmes rencontres A vos bêtes, du 12 au 14 août, sur le plateau de Millevaches, pour se rassembler et constituer ensemble une nouvelle force paysanne !

Au programme : 

sortir une tribune qui proclamera le type d’élevage que nous défendons

– renforcer le tissu existant par la mise en place d’un réseau de compagnonnage pour former des éleveurs selon des pratiques cohérentes avec les objectifs éthiques que nous aurons définis, et ainsi multiplier les installations les prochaines années. 

– commencer dès maintenant, par territoire, à se lancer dans une dynamique de reprise de terre afin de constituer des réserves foncières contre l’accaparement, et en vue de l’installation de projets. Par ce biais, nous tenterons une stratégie foncière offensive de long terme pour contribuer à dépasser certaines barrières administratives et financières à l’installation, contre lesquelles se battent déjà au quotidien les organisations paysannes comme la confédération paysanne ou les gab.

Aussi, nous envisagerons comment les fermes peuvent parfois être des véritables points stratégiques et d’appuis contre des projets destructeurs, des sites de production de ciment aux carrières de sable, en passant par les mégabassines, projets ciblés par le jeune mouvement des Soulèvements de la terre.

Ce n’est que nombreux.ses que nous arriverons à peser sur ce monde en diffusant des manières de l’habiter autrement, en pratiquant une écologie de terrain, en mariant la poésie du pastoralisme à l’engagement pour un monde désirable.

RDV le 12 août, à la ferme du Goutailloux à Tarnac, sur le plateau de Millevaches, pour un week-end riche en élaboration collective!

Si vous souhaitez venir aux rencontres, merci d’envoyer un mail à avosbetes@riseup.net.

Nous demandons autant que faire se peut une présence sur l’ensemble du week-end.

Hébergement et restauration sur place

[Cette initiative est co-portée par le groupe agriculture du syndicat de la Montagne Limousine.]

Contre les Méga-bassines!

Pour un printemps Maraîchin!

Un ou des bus partiront du Limousin pour se rendre au printemps maraîchin inscrivez-vous! (lien framaform)

Du 25 au 27 mars prochains aura lieu la prochaine étape de la lutte salutaire contre l’accaparement de la ressource en eau par une poignée d’agro-industriels. Ces mêmes agro-industriels qui ont déjà réduit une des plus grandes et plus riches zones humides d’Europe à peau de chagrin en l’espace d’une génération. Un souffle s’est levé, il est temps de mettre un terme à cette folie vertigineuse. Des ami.es des collectifs Bassines Non Merci! des Deux-Sèvres et de la Vienne se joindront à nous pour nous partager l’histoire et l’actualité de cette lutte qui nous concerne toutes et tous au premier chef. La bataille de l’eau commence maintenant!

voici le programme détaillé du week-end du 25/26/27 mars
pour un printemps maraîchin contre les « méga-bassines ». Nous vous invitons à le rediffuser largement dans vos réseaux.   Avec le temps majeur de la grande manifestation du samedi 26 mars
mais aussi 3 jours de fêtes, assemblées, spectacles, randos à La Rochénard (79) en bordure du marais poitevin   A l’appel de Bassines Non Merci, la Confédération paysanne, les Soulèvements de la Terre et Attac France
 

L’appel complet à se mobiliser pour mettre fin aux chantiers de méga-bassines :
https://lessoulevementsdelaterre.org/blog/un-printemps-maraichin-contre-les-megabassines

Dans le sillage des coups d’éclat de l’automne dernier, vous êtes invité.e.s à ressortir vos plus beaux parapluies, à enfiler à nouveau vos plus beaux bleus de travail, à prendre jeunes arbres à repiquer, outils et à venir en nombre les 25-26-27 mars 2022 à la Rochénard (79) pour prendre part à :   – un week-end de manifestations populaires, accompagnées de gestes de désobéissance civile, pour mettre un coup d’arrêt aux projets de « méga-bassines » ;- un week-end d’échanges autour de nos usages de l’eau et nos pratiques paysannes pour construire ensemble des manières socialement et écologiquement justes d’habiter les bassins versants ;- un week-end pour créer, danser et danser encore, contre les « méga-bassines », l’agro-industrie et son monde.

# Dès Jeudi – La Rochénard :

19h – Forum international de l’eau – visio et échanges en direct depuis la Rochénard   Vendredi – La Rochénard :20h – Repas assurés par la coordination des Réseaux de Ravitaillement des Luttes   21h – Bal/concert d’accueil avec Las Gabachas de la Cumbia(cumbia féminine)etLes Tabanards (satires et bal de 12)

# Samedi – La Rochénard

9h – Randonnées pédagogiques et visites insolites du château d’eau – Musique avec La Fausse Cie- pochoir et sérigraphie /// A partir de 12h – Lieu à préciser – Prises de paroles – pique-nique tiré du sac – restauration et buvette complémentaires ///Repas puis manif en musique et spectacles avec la fanfare sociale, Basstong (electrotongue), les poulets crus (satire policière), L’Essoreuse (danse buto) /// 14h – Départ de la MANIFESTATION – Ramenez vos bleus de travail, petits arbres à repiquer, outils de plantation et instruments de musique ! ///19h – banquet paysan- cantines solidaires  – stand – sérigraphies – jeux en bois –    Sur le champ – La Bulle Craque (fanfare) Minimum Fanfare (itou)   Scène 1 –  Concerts avec  Sidi wacho(hip-hop-electro-cumbia)Cigany mowhak(balkanik fiesta punk)D-Frak (duo électrico-poéique de la famille Walili) – Hero Echo (rap féministe) – Cordes sensibles (rock fusion)   Scènes 2 – Mixs avec le Souk system’(électro – trap – décalé – polyrythmies…)

# Dimanche – La Rochénard

A partir de 10h et au long de la journée : Randonnées pédagogiques- Marché paysan — stands – jeux en bois – sérigraphie – visites insolites du château d’eau – graff – spectacles avec l’agit théâtre (11h « nous étions debout et nous le savions pas »), la Fausse compagnie..Poésie avec Eniah oésie,etc..9h – Assembléedes rivières : vers la constitution et la coordination de comités de défense de l’eau ? (avec des interventions – à confirmer – de collectifs de Vittel, de la Clusaz, des Gammares, de Loire Vienne Zéro Nucléaire, des Soulèvements de la mer, de la Coordination Eau Île de France, …) Construire EAUtrement ! 

14h – AssembléeHabiter et cultiver les bassins versants : comment porter de nouveaux modèles agricoles et de partage de l’eau ? (avec l’intervention de collectifs et de syndicats paysans, d’habitants.es du Marais poitevin et d’ailleurs, de naturalistes et scientifiques, …)    Camping sur place dès le vendredi soirPour plus d’infos :
  Les Soulèvements de la Terre https://lessoulevementsdelaterre.org/

Suivez nous / Follow us:
Facebook / Instagram / Twitter

APPEL


Le Marais poitevin assiste, ces dernières années, au réveil d’un combat vital autour de l’eau.   Sur ce territoire humide remarquable, l’agro-industrie a décidé de lancer une vaste entreprise d’accaparement de l’eau au détriment de la qualité et du partage de ce bien commun. Avec le soutien actif de l’État, des dizaines de « méga-bassines » menacent d’être construites !   Ces ouvrages de stockage hydraulique massif ont pour but de maintenir coûte que coûte l’irrigation intensive de monocultures destinées, pour l’essentiel, à alimenter la spéculation sur les marchés internationaux et les usines de méthanisation.   Financée avec de l’argent public, c’est la solution catastrophique soutenue par Macron et son gouvernement pour sauver un mode de production agricole destructeur, dopé aux pesticides, face au changement climatique et ses sécheresses.   Malgré les alertes, les travaux ont commencé l’automne dernier sur le territoire du Mignon, au sud du Marais poitevin. En réaction, nous étions des centaines, le 22 septembre, à converger pour entraver la construction de la « méga-bassine » de Mauzé et faire valoir l’existence d’alternatives. Puis, nous étions des milliers, le 6 novembre, pour la prise et le démontage de la bassine illégale de Cramchaban.   La résistance à ce projet résonne désormais au-delà du territoire des deux Sèvres. Nous sommes de plus en plus nombreux.ses à prendre la mesure de la dangerosité de cette opération d’accaparement et du risque de sa généralisation.   Avec l’échec des pseudo-concertations sous forme de « Protocoles » et le recours aux dérogations, la collusion entre les agro-industriels, FNSEA en tête, et le gouvernement est aujourd’hui claire.   Les « méga-bassines » ne tiennent désormais plus qu’au nombre de gendarmes employés à les défendre. À nous, maintenant, de nous donner les moyens de préserver les rivières et l’agriculture paysanne, de stopper ces projets socialement et écologiquement injustes!

C’est pourquoi, Bassines Non Merci, la Confédération paysanne, et les Soulèvements de la Terre appellent à converger, à la veille des échéances électorales – présidentielles et législatives –, pour exiger l’arrêt des travaux, la mise en place d’un moratoire sur les projets de « méga-bassines », et remettre la question des usages de l’eau et des pratiques agricoles au cœur du débat public.

Dans le sillage des coups d’éclat de l’automne dernier, vous êtes invité.e.s à ressortir vos plus beaux parapluies, à enfiler à nouveau vos plus beaux bleus de travail, et à venir en nombre les 25-26-27 mars 2022 à la Rochénard (79) pour prendre part à :  

– un week-end de manifestations populaires, accompagnées de gestes de désobéissance civile, pour mettre un coup d’arrêt aux projets de « méga-bassines » ;- un week-end d’échanges autour de nos usages de l’eau et nos pratiques paysannes pour construire ensemble des manières socialement et écologiquement justes d’habiter les bassins versants ;- un week-end pour danser, et danser encore, contre les « méga-bassines », l’agro-industrie et son monde ;   Un grand week-end pour faire du printemps qui vient, un printemps maraîchin !

Qu’avons nous appris dans le chevelu de la Vienne ?

Retour sur une enquête en cours.

Pistes pour défendre la rivière et la ressource en eau.

Du 31 mai au 12 juin a donc eu lieu la Fête dans le chevelu de la Vienne… deux à trois évènements par jour pendant douze jours depuis le site des sources de la Vienne, en haute-Corrèze, à Saint Sétier, jusqu’à Saint Léonard de Noblat en Haute-Vienne. A l’initiative du Groupe Eau du Syndicat de la Montagne Limousine cet évènement se voulait être une enquête populaire sur l’état de la rivière et de la ressource en eau sur le territoire. Après plusieurs années successives de sécheresse qui ont touché de plein fouet la Montagne Limousine, la ressource en eau, qu’on croyait ici intarissable, s’est retrouvée sous tension dans de nombreuses communes du secteur avec un impact visible à la fois sur les massifs forestiers mais aussi sur la végétation dans son ensemble et a fortiori sur les ressources fourragères. Habitants concernés par la ressource en eau et sa gestion, nous avons donc décidé d’inviter tous les habitantes et habitants du territoire à nous rejoindre au fil de la rivière pour faire l’état des lieux de la situation.

De nombreux dispositifs institutionnels encadrent déjà l’action publique autour de la rivière, particulièrement sur notre territoire dit de « tête de bassin », avec de nombreuses expertises et documents de vulgarisation, et on pourrait se demander ce qu’une intervention d’habitants « non-spécialistes » sur le sujet pouvait bien apporter à la situation. C’était bien là le pari que nous avons fait, que de jouer pleinement notre rôle de non-sachant, non spécialistes, mais usagers bien réels du territoire et d’aller ensemble à la rencontre de la rivière et des différentes associations et institutions qui interviennent d’une manière ou d’une autre sur la rivière ou la ressource en eau. Nous pensions que cela pouvait produire des effets de clarification, et mettre à jour d’une façon nouvelle les enjeux et les urgences sur la question ainsi que les moyens à notre disposition.

L’objectif était aussi pour nous d’alimenter le débat sur différentes questions clivantes sur le territoire et de produire tant que faire se peut, un peu d’intelligence commune sur ces sujets et ainsi peut-être, trouver de nouveaux leviers d’action pour influer positivement sur la situation. Notre premier objectif était de sortir de l’état d’angoisse paralysante que produisent la litanie des nouvelles catastrophiques et le sentiment très répandu de n’avoir jamais les moyens d’agir au juste niveau. Nous avons donc tout au long des mois qui précédaient tenté d’entrer en contact avec les associations et les institutions qui œuvrent à différents niveaux tout au long de l’année sur es milieux aquatiques pour avoir leur récit, leurs éclairages, leur expérience. Notre démarche se voulait transversale, en croisant des regards et des approches différentes, scientifique, technique, politique, historique, ethnographique, artistique mais aussi vernaculaire avec les récits d’usagers quotidiens de la rivière, pêcheurs, agriculteurs, randonneurs, kayakistes, simples riverain.e.s. Et la transversalité fut au rendez-vous, de petites assemblées se sont formées au fil des différentes étapes mêlant de 10 à 30 personnes de différents horizons, pour creuser un ou l’autre des aspects du problème que nous nous proposions de déplier. Certaines pour une demi-journée, d’autres pour quelques jours, et pour quelques plus rares privilégié.e.s une vraie descente de Vienne sur 12 jours continus.

Nous n’aurons bien-sûr pas eu le loisir de régler toutes les questions que nous prétendions aborder mais s’est dessinée au fil des jours une vraie cartographie du réseau hydrographique et de ses multiples enjeux. Il y eu beaucoup de questions et quelques débuts de réponses, sur l’impact et l’intérêt de la chaîne de barrages de Vassivière, sur les enjeux de la privatisation des ouvrages, sur l’ambivalence du regain d’intérêt pour l’hydro-électricité en période de réchauffement climatique, sur les menaces qui pèsent sur la ressource en eau, sur ses modes de gestion (régies, délégations…), sur l’importance des continuités écologiques et ce que nous pouvons faire pour les restaurer…

Pour certain.e.s qui s’intéressaient au sujet depuis longtemps mais plus intensément depuis quelques mois nous avons surtout découvert beaucoup de choses et réalisé à quel point nos connaissances, à l’image de la chaîne décisionnaire sur ces questions, était morcelée. Les chiffres alarmants sur la baisse quantitative et qualitative de la ressource en eau et l’apparente faiblesse des moyens mis en œuvre pour remédier à cet état de fait nous ont causé quelques vertiges et renforcé notre désir de se donner les moyens, à l’échelle du bassin-versant, d’agir avec conséquence sur la situation. Les temps d’échanges que nous avons pu avoir avec des groupes et des mobilisations en cours ailleurs sur le bassin-versant Vienne-Loire – comme la lutte populaire contre les projets de « méga-bassines » dans la Vienne ou le Marais Poitevin – ou encore ailleurs, nous ont fait sentir que nous sommes loin d’être seul.e.s et que des foyers de lutte et d’actions concrètes existent un peu partout. Que ces foyers en réunissant leurs connaissances, leurs moyens, peuvent contribuer à renforcer la conscience collective du bassin-versant (de la source à l’estuaire…), de son caractère vital, de la nécessité de le défendre avec ardeur face à toute autre considération qui viserait à minorer plus longtemps son importance pour notre survie commune.

Pour commencer, nous vous invitons à nous rejoindre pour un tour d’horizon des pistes de recherche et d’actions locales que ce travail d’enquête populaire a nourri, lors de la fête de la Montagne Limousine à la fin de ce mois à Gentioux-Pigerolles. Des réunions publiques seront ensuite organisées dans les différentes communes de la tête de bassin tout au long de l’hiver et au printemps. Enfin le groupe travaille à la réalisation d’une brochure de synthèse sur l’état de la situation et les pistes pour agir depuis ici.

Tout reste à faire et personne ne le fera à notre place!

Pour nous joindre ou nous rejoindre : eau@syndicat-montagne.org

“La Tontinette“, un outil pour l’achat collectif de terres agricoles et la solidarité dans l’installation en Ariège

Suite à la dernière fête de la Montagne limousine, un groupe de paysans et paysannes se retrouve régulièrement autour de diverses thématiques professionnelles. Pour éclairer la question du foncier (comment l’acquérir et faciliter l’installation) ils ont accueilli le 23 janvier 2019, trois personnes venues d’Ariège pour leur présenter un Groupement foncier agricole mutuel (GFAM) : “La Tontinette“. Une expérience inspirante que ses promoteurs décrivent ici pour nos lecteurs.

Nous sommes un collectif de personnes composé d’agriculteurs et agricultrices, de futurs.es installé.e.s et de personnes sensibilisées à la question de l’accès au foncier agricole. Les prix exorbitants des terres empêchent de nombreuses personnes de mener à bien leurs projets d’installation agricole au vu des emprunts nécessaires. En plus, si le projet ne rentre pas dans les clous technico-administrativo-économiques exigés aujourd’hui, l’installation devient impossible.

Faciliter l’accès au foncier

Nous avons profité de l’expérience des GFAM du Béarn et du Pays Basque et nous sommes inspirés de leur idée de mutualisation pour “La Tontinette“. En 2017, notre groupe met sur pied le GFAM “La Tontinette“. Les statuts de cette structure assurent que les terres qu’elle acquiert sont exclusivement à usage agricole, qu’elles resteront la propriété du GFAM et ne seront pas revendues à d’autres fins. Ses terres sont louées par bail à ferme (9 ans reconductibles) ce qui garantit une installation pérenne pour les futur.e.s agricultrices et agriculteurs.

À l’instar de Terres de Liens, “La Tontinette“ est un outil pour faciliter l’accès au foncier agricole et pour le préserver. Notre organisation locale favorise une gestion directe par les associé.e.s du GFAM et les locatrices et locataires des terres. Les réunions sont ouvertes à tou.te.s et les décisions sont prises ensemble sur la base d’une personne une voix et non en fonction du nombre de parts acquises. De plus, nous nous spécifions dans notre refus de soumettre les futur.e.s installé.e.s à une évaluation quelle qu’elle soit : ni étude préalable de dossier, ni contrôle ultérieur de pratique, plutôt une relation de confiance et l’adhésion à la charte qui nous réunit. Nous privilégions les échanges, les discussions et les partages d’expériences pour relier dans une dynamique collective les usagère.er.s des terres et les associé.e.s.

Solidarité et entraide

“La Tontinette“ ne se positionne pas comme un simple propriétaire mais comme une ressource de solidarité et d’entraide, à l’image d’un récent chantier collectif pour la construction d’une petite bergerie. Cet outil fonctionne et de nouveaux projets d’installation peuvent se concrétiser si de nouvelles personnes s’associent au GFAM en prenant des parts (de 1 à 40 parts par personne, 50 € la part) et/ou en participant à la dynamique collective autour des installations.

Aujourd’hui, une soixantaine d’associé.e.s ont permis l’installation d’une maraîchère sur la commune du Fossat et de deux éleveuses sur la commune de Madière (voir leurs témoignages en encadré). Nous aimerions inspirer et appuyer d’autres projets afin que se multiplient des structures de mutualisation, pour la reprise de foncier agricole ou pour d’autres activités, ici et ailleurs. Nous avons envie de continuer cette histoire, nous devons la continuer pour sortir plus de terre de la spéculation, pour permettre à de nouveaux projets d’éclore.

Contact : tontinette@riseup.net

Qu’est-ce qu’une tontine ? En Afrique, en Asie et dans d’autres communautés (Roms, ethnies indigènes d’Amérique du Sud…), la “tontine“ est une coutume qui consiste à mettre de l’argent dans une caisse commune dont le montant est remis à tour de rôle à chaque membre pour concrétiser un projet ou parer à des problèmes financiers.

Le papillon étoilé installe sa ferme autonome

Durant l’été 2016, après plus de 5 ans à chercher un terrain, je rencontre des personnes souhaitant aider des paysans à s’installer, c’est ensemble que nous allons créer la Tontinette. Fin mai 2017 nous acquérons une parcelle de 2,5 ha sur la commune du Fossat. Je peux enfin entrevoir mon avenir agricole en cultivant d’abord sur 500 m2 et j’installe un premier carré de fraisiers. Une campagne de financement participatif me permet d’investir dans du matériel qui me facilitera la tâche, de construire une structure pour stocker et me restaurer sur place, de mettre en place les premiers tunnels nantais, de commencer à tester des recettes et à continuer l’observation. Je pratique du maraîchage diversifié sur planches permanentes, sans travail du sol ni arrosage. J’expérimente différentes techniques afin de trouver l’itinéraire le plus adapté à la nature de sol. J’adhère à l’association Maraîchage sur Sol Vivant (réseau de paysans chercheurs). Pour 2019 j’ai prévu le montage d’une serre et l’agrandissement du hangar. Je suis dans l’attente de l’acceptation par l’architecte des bâtiments de France. 1500 m² de maraîchage seront mis en culture, afin de commercialiser sur Le Fossat et je continue la production de plants de légumes d’été en suivant le cycle lunaire. L’objectif est d’arriver à 5 000 m2 cultivés pour me permettre de préparer mes recettes maison et pouvoir proposer des repas. J’aimerais mettre en place un verger et des petits fruits. J’ai quelques poules, je vais commencer à les reproduire sur place dès cette année et je pense loger un âne une fois la clôture posée. Rejoindre La Tontinette c’est pérenniser cette grande et belle aventure de solidarité en Ariège !

Bénédicte Moretti – 06 69 34 05 38, lepapillonetoile@gmail.com 

La Moutinerie, un projet de ferme collective installé par La Tontinette 

Grâce à La Tontinette et sa dynamique d’entraide, nous avons pu nous installer il y a un an déjà à Madière. Bien au-delà du classique rapport propriétaire-locataire, les membres du GFAM ont été (et sont encore) d’un grand soutien politique et pratique avec des chantiers collectifs. La Tontinette est un espace où nous pouvons partager nos doutes, nos difficultés et où notre projet n’est pas jugé. À La Moutinerie, nous sommes en train de monter un petit troupeau de brebis Thône et Marthod, race rustique de Savoie, pour la laine et la viande, engraissé à l’herbe, en bio et en vente directe, et qui transhume l’été dans les montagnes ariégeoises. Nous produisons aussi du blé en vue de faire du pain, car sur 38 hectares, il y a de quoi faire. Mais notre installation n’a de sens que si elle s’inscrit dans une perspective collective, c’est pourquoi nous cherchons des gens pour mener d’autres productions et activités sur le lieu. Tout est possible, des envies sont déjà là, il ne nous manque plus que d’autres personnes pour les impulser. Beaucoup de choses sont possibles en plus de l’atelier brebis : maraîchage, arboriculture, céréales, apiculture, etc. Alors parlez-en autour de vous.

Laura et Mélanie 07 70 05 06 54, melanie.voisin@gmail.com 

(articles initialement parus dans IPNS n°66)

« Producteur, c’est moche comme mot ! »

La question agricole était un des fils rouges de la fête de la Montagne limousine qui s’est déroulée à Lacelle fin septembre 2018. Une question posée par une cinquantaine de (plutôt) jeunes agriculteurs qui ont entamé ce jour-là une réflexion qui va se poursuivre tout au long de l’année.

À quoi ressemble l’agriculture sur la Montagne limousine ? Loin d’en être le fidèle reflet, l’assemblée réunie autour de ce thème lors de la fête de la Montagne a néanmoins donné quelques réponses à cette question. Peut-être parce que le public était plutôt jeune avec une bonne majorité de trentenaires, plutôt mixte avec une représentation presque paritaire, et regroupait à la fois des paysans ou éleveurs déjà installés et d’autres en phase ou en projet de l’être, le visage qu’ils offraient de l’agriculture locale apparaissait bien peu conventionnel. Étaient interrogés le travail individuel, l’insertion sur le marché et les circuits classiques de commercialisation comme la frontière entre activité économique et nourricière, agriculture productive et vivrière. Comme si le modèle classique était à réinventer, comme si, en définitive, il ne correspondait pas vraiment au territoire sur lequel il se vivait. “Il y a une particularité du plateau de Millevaches“ expliquait cet éleveur de moutons corrézien pour lequel le modèle standardisé n’est pas en adéquation avec un territoire où les terres cultivables sont rares et les parcours nombreux.

Au-delà ou en-deçà de l’économie

Ils sont plusieurs à l’afficher clairement : “J’ai du mal à concevoir l’agriculture comme une activité économique“ explique Félix, récemment installé. “Producteur, c’est moche comme mot“ renchérit franchement une autre. Camille, qui produit et transforme des petits fruits depuis 5 ans à Auriat, enfonce le clou : “Ça ne m’intéresse pas de vendre, pas plus que le rapport avec la mécanisation, même en bio ! “ Travaillant avec un cheval et des ânes et quelques brebis laitières, elle affiche ce qui, au fond, la motive vraiment : “Travailler sur le rapport au vivant animal et végétal et voir comment tout le monde pourrait avoir un lien au vivant“ dans le cadre d’une agriculture plus vivrière et nourricière que marchande et monétaire.

Une autre ne sait comment se définir ou se nommer : “Agriculteurs-agricultrices ? Paysans-paysannes ? Jardiniers-jardinières ?“ Une manière de ramener l’activité productive sur ses fondamentaux : ne s’agit-il pas de nourrir les personnes, de travailler avec le vivant dans une symbiose entre la terre support, le pays environnant, les bêtes et les hommes, dans une relation aux autres qui ne soit pas que celle du producteur au consommateur. Milo, qui fabrique et vend des tourtous sur les marchés de Haute-Corrèze, résume ainsi les choses : “Comment la paysannerie façonne son environnement et quels liens de la graine à la bouche ?“ Loin des questions plus classiques (elles viendront) le débat était d’emblée posé en termes de sens et de finalités. Sens et finalités qui, évidemment, agissent sur le concret des gestes de chacun : quels rapports aux normes (contrôles, contrôles, contrôles…) à la logique économique (grossir, grossir, grossir…) et au temps (70 heures par semaine, 70 heures par semaine, 70 heures par semaine…) ?

“Mon objectif est surtout de ne pas m’agrandir“ explique Sybille qui depuis 11 ans élève sur 100 hectares des ovins et des bovins et qui a installé sur son exploitation un atelier de découpe. “Pas un des agriculteurs que je rencontrais ne travaillait moins de 70 heures par semaine, ils ne faisaient rien d’autre ! Comment partager le travail ?“ s’interroge Hélène qui, avec son compagnon, veut se lancer dans un élevage de vaches laitières. Beaucoup de questions… pour d’incertaines réponses.

Les derniers des Mohicans ?

“La réalité, assène Denis, éleveur à Peyrelevade et membre de la Confédération paysanne, c’est qu’il y a des gens qui travaillent tous les jours pour que nos modèles alternatifs ne puissent plus fonctionner ! Au niveau politique, on ne souhaite pas notre présence et du jour au lendemain on peut nous rayer de la carte : il suffit de remettre en cause les aides MAE1 par exemple ! On doit faire face à une lame de fond qui nous arrive de toutes parts“, ce qu’il nomme “la céréalisation de l’agriculture“. C’est le modèle productiviste et industriel qui n’a que faire des espaces de moyenne montagne comme le Plateau qui, dans ce scénario, se suffiraient à n’être que des espaces de production forestière ou d’énergie (l’eau et le vent) après s’être débarrassé des opiniâtres qui pensent que l’agriculture a toujours un avenir ici.

Un élu de Lacelle le déplore en regardant la part de la surface forestière : 55% ! Un agriculteur à la retraite pose le dilemme : « Je me suis installé en 1973 vers Meymac et, parce qu’il fallait grossir, j’ai fini avec 250 brebis. L’exploitation a été reprise par un de mes enfants, mais hors ce cas de figure, aujourd’hui il est impossible de s’installer comme je l’ai fait à l’époque ! S’installer d’emblée avec 250 bêtes, qui en est capable ? Du coup se pose vraiment la question du renouvellement des anciens avec un choix de plus en plus réduit : c’est l’agrandissement des exploitations… ou la forêt ! » Pourtant, des jeunes qui veulent s’installer ça existe, reconnaît Tony, éleveur et producteur de petits fruits à Veix depuis trois ans, mais, comme il dit, « on y laisse quand-même des plumes… » Le débat oscille entre micro-démarches plutôt engageantes et optimistes et arrière-plan général plutôt sombre et destructeur. Sur la corde raide le paysan du Plateau ressemble à un funambule qui n’est pas prêt à se laisser aspirer par le vide… Mais pour combien de temps ? “En 2015, pour la première fête de la Montagne limousine, j’avais interviewé les 14 paysans de Tarnac, témoigne Guillaume.

Les deux constats qui sortaient de ces rencontres étaient assez noirs : les agriculteurs avaient très peu de liens entre eux et il y avait une grande souffrance devant la transformation du métier. En gros, ils avaient de moins en moins de marges de manœuvre et leur travail avait de moins en moins de sens.“ C’est dire que le modèle est bien à réinventer. Briser les barrières entre deux visions du métier qui peuvent vite s’ostraciser mutuellement (un modèle ancré dans les circuits classiques et un autre, plus autonome et indépendant, voire hors circuit) apparaît nécessaire. Johanna qui élève 150 brebis depuis 10 ans à Gentioux ne veut pas trancher : “Je me sens entre la ferme vivrière et la ferme professionnelle, et je pense que les solutions sont certainement collectives.“ Sur son exploitation (un autre mot “moche“) elle est submergée par le temps administratif (les normes, les réseaux, la paperasse) et le temps commercial. Elle sent bien qu’il faut aller vers plus de mutualisation dans le travail et ose pousser le bouchon un peu plus loin : “Comment pourrions-nous déconnecter revenu et production ? “

Vendre tout de même… mais comment ?

Les consommateurs ramènent leur fraise. Ils sont quelques-uns qui se sentent concernés par ce qui inquiètent les paysans, veulent améliorer leur façon d’acheter et se demandent comment soutenir l’activité agricole. “Le problème, rétorque Jean-Claude, ancien agriculteur installé en 1980 vers Égletons aujourd’hui à la retraite, c’est que le Plateau n’est pas assez dense pour absorber la production locale.“ Sybille confirme : “Il nous faut rechercher plus loin les clients“ et Tony renchérit : “Au-delà de quelques niches, il y a un décalage entre l’offre et la demande locales. Attention à la concurrence qui peut mettre en péril nos structures ! Nous, concrètement on va vendre plus loin, tout seuls.“ La solution ? Les deux sont d’accord pour dire qu’il faut trouver des synergies pour vendre en commun en restant indépendants sur leurs exploitations ou encore qu’il faut rechercher de nouvelles formes d’association. Comme sur le travail, l’aspiration à jouer plus collectif sur la vente apparaît comme une nécessité. Mais à 70 heures par semaine – si on a bien compris – qui peut aujourd’hui prendre le temps de cette construction nécessaire ?

(article initialement paru dans IPNS n°65)