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La question foncière est une question sociale

Le groupe foncière du Syndicat s’est rendu au Pays Basque à la rencontre des institutions paysannes alternatives. Premier bilan et nouvelle étape dans la construction d’une dynamique pour préserver le foncier agricole sur le territoire.

Voilà maintenant plus d’un an qu’un groupe du Syndicat se penche sur le sujet de la transmission des terres agricoles, animé par la question du devenir des nombreuses fermes présentes sur le territoire qui se trouvent actuellement sans repreneur. Si rien n’est fait, l’avenir de ces terres est tout tracé : partir à l’agrandissement excessif des fermes alentour ou participer à l’enrésinement du pays. À moins de… À moins de parvenir à multiplier les installations agricoles ?

Trouver l’inspiration

C’est ce qui nous a motivé·es à découvrir le Pays Basque. Fort d’une population agricole importante parmi les actifs (près de 20 % en zone de montagne), ce territoire connaît aussi une belle dynamique d’installation et de renouvellement des générations. Et pour cause : il y a près de 50 ans, les paysan.nes basques ont commencé à racheter en commun la terre agricole pour garantir sa fonction de terre nourricière. Aujourd’hui, ces terres appartiennent à une structure foncière gérée par les associations de développement de l’agriculture paysanne et par le syndicat paysan basque. Les intérêts de cette foncière sont, entre autres, d’installer « gratuitement » des paysan.nes, puisque les nouveaux agriculteurs et agricultrices n’ont nullement à acheter des terres ou d’outil de production pour accéder à la profession : ils peuvent les louer à la foncière.

C’est sur ce modèle également que fonctionne la foncière Terre de liens, présente à l’échelle nationale et sur de nombreux territoires (localement, nous avons Terre de liens Limousin). Ce que nous avons retenu, c’est donc que l’exceptionnalité du Pays Basque n’est pas tant à chercher dans son outil foncier mais dans la puissance de sa culture et de sa tradition paysannes, qui lui permet d’impliquer une large part des habitant·es dans le développement d’une paysannerie prospère et foisonnante, de faire naître des vocations agricoles et d’assurer un lien fort entre le monde agricole et le reste de la société. Là-bas, la question foncière est une question sociale.

Suivre ses intuitions

Nous sommes parti·es avec comme hypothèse celle de créer une foncière pour la Montagne limousine, un outil qui nous permettrait de racheter des terres ici sur le territoire pour faciliter la transmission des fermes et favoriser l’installation de jeunes paysan.nes. Nous revenons avec l’idée que le plus important est avant tout d’initier une forte implication paysanne et habitante autour de la question foncière. Si sur le territoire, le nombre de personnes ayant une activité de production n’est pas négligeable, force est de constater que les réseaux paysans sont cependant rares ou très informels. Par conséquent, les porteuses et porteurs de projets en quête de terres ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour comprendre la dynamique agricole locale, et les problématiques agricoles sont peu présentes à l’esprit de la population non agricole. En parallèle, l’autonomie alimentaire du territoire est finalement assez faible étant donné la spécialisation de l’élevage avec pour modèle dominant les filières bovines à l’export.

Et si la préservation des terres agricoles et le combat pour l’installation paysanne se révélaient être une quête qui rassemble largement les habitant·es de la Montagne au-delà de divergences, que l’on soit nouvellement arrivé·e sur le territoire ou présent·e depuis des générations ? Ce serait l’occasion de rencontrer des anciens et les écouter raconter la paysannerie familiale, l’entraide et les communs au sein de la communauté d’antan, de développer des échanges et services, des moments de convivialité entre agriculteurs et agricultrices aux pratiques différentes, de partager la même nourriture et le même souci de sa production, de sa transformation et de son accessibilité au plus grand nombre.

Lancer des invitations

Le groupe tâtonne, explore et travaille encore à se donner une feuille de route pour aller de l’avant. Mais les intentions se précisent et le chemin à suivre dans les prochaines années s’éclaircit. Il se peut que d’ici quelques semaines, des invitations soient lancées, pour constituer un groupe de veille foncière qui parte à la rencontre des futurs retraité·es agricoles, pour initier une sorte de groupe de rencontre et de sociabilité entre paysan.nes, ou encore pour participer à des formations visant à comprendre les lois qui encadrent le foncier et l’installation agricole.

Si vous souhaitez dès à présent nous manifester votre intérêt pour ce sujet, écrivez-nous à :

fonciere@syndicat-montagne.org