entete

MARCHE POUR DES FORÊTS VIVANTES

Pour le partage d’une culture forestière sur la montagne limousine

Rendez-vous devant le lycée forestier de Meymac à 9h30, départ à 10h précises. Arrivée à Millevaches prévue vers 18h. Apportez de quoi vous restaurer ! Une navette à Millevaches sera là pour vous raccompagner à Meymac si nécessaire.

Le 17 avril 2021 plus de cent personnes étaient rassemblées sur une coupe rase à Faux-la-montagne pour dénoncer le pillage d’une forêt de feuillus, le 2 août 2021 paraissait à l’initiative de plusieurs collectifs d’habitant.es, associations, syndicats et forestiers de toutes les régions un appel à mobilisation nationale pour la préservation des forêts en France : L’Appel pour des forêts vivantes. Le week end du 16-17 octobre est la date de lancement de cette année de mobilisations.

En réponse à cet appel et pour prolonger la mobilisation sur notre territoire, en terre de la montagne limousine, nous invitons à une grande marche le samedi 16 octobre de Meymac à Millevaches, de l’école forestière au siège du Parc naturel de Millevaches. Cette marche a pour but de placer au cœur de l’espace public les enjeux environnementaux et sociaux de la forêt depuis l’expérience que nous, habitant-es du territoire, professionnel-les ou non, faisons de nos paysages naturels que nous souhaitons préserver vivants et diversifiés.

En solidarité avec un grand nombre des acteurs du bois, dont les professions sont mises à mal par des exigences de rendement intenables et dont le rôle pour la protection des forêts disparaît à mesure que son industrialisation s’impose à l’ensemble de la chaîne de production, nous souhaitons provoquer avec cette marche une dynamique populaire de prise de conscience collective d’un contexte environnemental qui nous concerne tous. Ainsi nous appelons chacune et chacun qui se retrouve dans l’idée de se réapproprier les questions environnementales, dont elles et ils ont été écartées, à dépasser leurs préjugés et à rejoindre cette marche pour des forêts vivantes.

Sur la route, nous ferons deux haltes pour échanger nos points de vue et interroger nos certitudes.

• Lors de la première halte, au Mont Bessou, nous parlerons de ce qu’est une forêt authentiquement vivante parmi les milieux diversifiés de la montagne limousine.

• Lors de la seconde, nous parlerons de la forêt française dans l’espace de la globalisation, de la filière bois et des biens communs.

Notre histoire nous réserve des surprises. En 1977, aux Bordes, on marchait contre l’enrésinement du plateau et les horizons bouchés par les plantations. Quarante-cinq ans après, mal aimée, plantée ou en libre évolution depuis la déprise agricole, la forêt limousine est devenue une composante essentielle de nos milieux de vie. Le 16 octobre, nous marcherons contre les coupes qui transforment n’importe quel arbre de n’importe quel âge en matière brute pour l’industrie. Marcher pour la forêt en 2021, ce n’est qu’une autre façon de combattre la même logique folle qui entraînait à l’époque la brutale transformation des paysages au nom du productivisme.

En participant à cette marche sur la montagne limousine, rejoignez l’Appel pour des forêts vivantes pour faire face à la destruction galopante des régions forestières. Rendez-vous devant le lycée forestier de Meymac à 9h30, départ à 10h00 précise. Arrivée à Millevaches prévue à 18h00. Apportez de quoi vous restaurer. Une navette à Millevaches sera là pour raccompagner les participant-es à Meymac.

Nous contacter : foret@syndicat-montagne.org

Infos pratiques

Les informations pratiques seront actualisées chaque jour avant la marche, pensez à les consulter régulièrement.

Outil de covoiturage pour se rendre au départ de la marche : https://mensuel.framapad.org/p/covoitmarchefor3ts

Navettes retours : à partir de 18h15, un bus effectuera des allers-retours entre Millevaches et Meymac pour ramener en priorité les conducteurs de voitures, afin qu’ils viennent eux-mêmes chercher leurs co-voitureurs à Millevaches. Quelques voyages jusqu’au Mont Bessou pourront également être effectués pour les personnes ayant garé leur voiture là-bas. Pour simplifier les trajets de la navette, n’hésitez pas à covoiturer le matin depuis Millevaches ou à proposer de ramener des personnes à Meymac une fois que vous avez votre voiture à Millevaches.


Une petite buvette à prix libre sera installée au Mont Bessou et à chaque arrêt de la marche pour se restaurer : pensez à prendre un peu d’argent liquide ! L’argent servira à rembourser les frais d’organisation.

APPEL POUR DES FORETS VIVANTES

Mobilisation nationale contre leur industrialisation

Les forêts sont riches, diverses, complexes, bref : vivantes. Mais l’industrie aimerait les transformer en monocultures d’arbres bien alignés, faciles à récolter, maîtrisés. Le gouvernement ne s’y oppose pas, il assume : « une forêt, ça se cultive, ça s’exploite ». Pendant ce temps, loin des ministères, la résistance s’organise. Partout en France, des individus, des collectifs et des associations s’activent, inventent des alternatives et défendent les forêts. Le temps est venu d’unir ces forces, pour faire front commun contre l’industrialisation des forêts !

Nos forêts sont devenues un champ de bataille en proie aux machines et à l’appétit insatiable des industriels. Partout, dans nos communes, départements et régions de France, nous voyons notre bien commun se faire malmener, les coupes rases et les monocultures se multiplier. C’est un fait palpable que nous éprouvons au quotidien, une violence que nous ressentons dans notre chair. Le productivisme gagne nos massifs forestiers et plie le vivant aux règles du marché. Des paysages séculaires sont dévastés parfois en quelques heures… Les arbres sont moissonnés comme du blé. Partout, les forêts sont vues comme un gisement inépuisable que l’industrie est appelée à exploiter et le bois comme un simple matériaux à transformer. 

Depuis cinq ans, l’action du gouvernement est déplorable. Alors que la Convention citoyenne pour le climat avait émis des propositions ambitieuses pour les forêts, l’Exécutif a tout fait pour s’y opposer, en amoindrir la portée et les vider de leur substance. Quant au plan de relance1, il a capitulé devant les lobbies des planteurs d’arbres sans aucune contrepartie environnementale sérieuse. Tout au long du quinquennat, il n’a cessé de démanteler le service public. Plus de 1 000 emplois ont été supprimés à l’Office national des forêts depuis 2017 2475 emplois supplémentaires pourraient disparaître au cours des cinq prochaines années.

Au sommet de l’État, tout est verrouillé. Les solutions ne viendront pas d’en haut. C’est une certitude. Seule une pression, à la base, sur le terrain, pourra les faire plier. Dans les couloirs feutrés des ministères, les industriels déploient leur stratégie à coup de bulldozers. Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, s’en fait le porte-voix. Dans une lettre adressée à la Commission européenne3, il s’est attristé de voir « les forêts réduites à des considérations environnementales en ne tenant pas compte des aspects socio-économiques ».À l’Assemblée nationale, il a affirmé qu’« une forêt, ça se cultive, ça s’exploite ». Le gouvernement veut accroître les prélèvements en forêt de 70 % d’ici 20504 et passer d’environ 60 millions de mètres cubes de bois récoltés par an à plus d’une centaine de million. Nous savons ce que cela implique : une exploitation toujours plus accrue de nos forêts et une intensification des coupes-rases.

Nous ne voulons pas être les spectateurs passifs de la destruction en cours.

Il n’y a aucune fatalité à la situation actuelle et il ne tient qu’à nous d’en inverser la tendance. Un grand mouvement populaire est en train de naître autour de la défense des arbres. Après avoir été dépossédé.e.s de tout un pan du territoire national, des habitant.e.s, des citoyen.ne.s, des associations, des forestier.e.s ont décidé de se le réapproprier. Nous refusons que les forêts subissent à leur tour la logique industrielle qui a ravagé et ravage encore l’agriculture, qui détruit des métiers et des savoir-faire reconnus et appauvrit la biodiversité. 

Partout, localement, des résistances sont déjà à l’œuvre. Des alternatives éclosent, des alliances naissent. D’autres imaginaires s’inventent. Ici, on achète des forêts pour les gérer de manière soutenable ou les laisser en libre évolution. Là, on développe des circuits courts de la grume à la poutre. Là-bas, on s’oppose à un projet de méga-scierie. Des associations s’engagent pour faire bouger la loi, des forestiers parviennent à s’extraire de pratiques sylvicoles qu’ils savent nocives pour se tourner vers une sylviculture douce, des habitant.e.s créent des vigies citoyennes. Des syndicalistes de l’ONF se mettent aussi en grève. Nos luttes sont multiples. Nos actions s’enrichissent mutuellement. Elles font bruisser le monde que nous souhaitons voir advenir. Elles lui donnent corps.

Mais ce n’est pas suffisant. Pour gagner, nous devons passer à un cran supérieur, tisser la toile d’un récit commun, constituer un front. Tout porte à croire que c’est maintenant ou jamais. Nos forêts sont à la croisée des chemins.

Nous appelons à une année de mobilisation pour les forêts françaises. La question des forêts ne concerne pas seulement l’autre bout de la planète l’Amazonie, la Sibérie ou l’Ouest Canadien qui sont touchés par les grands feux ou la déforestation. Elle se joue ici sur nos territoires, en bas de chez nous. Ici aussi, les conséquences du réchauffement climatique se font sentir, les sécheresses représentent une menace devenue réalité, les forêts dépérissent et la vision extractiviste continue de se propager. Ici aussi, les indicateurs sont dans le rouge. L’horizon se couvre. Il y a urgence à agir.

Nous appelons chaque collectif et association engagés dans les forêts à participer à une campagne nationale contre leur industrialisation.

Celle-ci se déroulera au cours des trois prochaines saisons, en trois temps. C’est une première étape, le début d’une lente montée de sève !

SAISON 1 : En automne, nous ferons éclater les couleurs chatoyantes de nos luttes !

Le week-end du 16 et 17 octobre, nous invitons chaque association et collectif d’habitant.e.s à organiser une action localement sur son territoire. Pour que le plus grand monde puisse y participer à sa manière, avec son élan et son énergie, nous nous donnons un cadre d’action non-violent ce qui n’exclut pas les actions de désobéissance civile. Nous ferons résonner ces luttes au même moment sous un même cri de ralliement. Contre leur industrialisation et leurs grands projets inutiles, nous montrerons les forces de nos alternatives et défendrons le maintien d’un service public forestier digne de ce nom ! Nous appelons aussi à ce que cesse l’exploitation forcenée des travailleurs de la forêt, bûcherons, débardeurs et de tous les auto-entrepreneurs taillables et corvéables.

#Pourdesforêtsvivantes

#stopindustrialisation

Nous invitons chaque groupe et ou collectif à nous contacter et à se présenter pour que nous puissions en amont répertorier leur mobilisation sur une carte interactive en nous écrivant à l’adresse : pourdesforetsvivantes@riseup.net. D’autres infos viendront à partir de septembre.

Nous pouvons déjà dire que dans le Morvan, des groupes locaux prévoient de planter une forêt diversifiée sur une ancienne coupe rase. Dans le Limousin, des habitant.e.s et des associations appellent à une marche. Tandis que dans les Pyrénées, le collectif Touche pas à ma forêt se mobilise contre le projet de méga scierie Florian. D’autres actions sont à prévoir.  

SAISON 2 : En hiver, nous ferons fructifier nos imaginaires !

L’hiver sera propice à la rencontre. Après une première action sur chacun de nos territoires le 16-17 octobre, nous nous retrouverons début décembre pour une grande assemblée des luttes et des alternatives forestières. Si nous voulons construire le mouvement dans la durée, tenir dans l’adversité, cela passe selon nous par une culture commune qui manque encore et que nous devons enrichir puis faire croître comme un maquis.

SAISON 3 : Au printemps, nous lancerons une grande action d’envergure !

Alors qu’au printemps, tout renaît, nous laisserons nos jeunes pousses se déployer. Nous prévoyons d’organiser tous ensemble une action de désobéissance civile dans un lieu précis pour marquer notre présence et montrer que nous ne sommes pas dupes des tentatives de greenwashing. L’action aura lieu une semaine avant la journée internationale des forêts, un événement devenu lisse et récupéré par les industriels. Avec ce coup d’éclat, nous avons bien l’intention de détourner les projecteurs. A l’étalage des bons sentiments, nous opposerons la vitalité de nos luttes et les espoirs qu’elles soulèvent.

Ce n’est que le commencement.

Les prémices d’un mouvement.

Retrouvons-nous !

Proposer une action sur votre territoire en réponse à l’Appel pour des forêts vivantes

Pour nous contacter : pourdesforetsvivantes@riseup.net

Premiers signataires :

  • SOS forêt
  • Réseau pour les Alternatives Forestières
  • Canopée Forêt vivante
  • Adret Morvan
  • Touche pas à ma forêt
  • Le syndicat de la Montagne Limousine
  • Groupe national de surveillance des arbres
  • Snupfen

1 https://reporterre.net/Le-hold-up-des-planteurs-d-arbres-sur-le-plan-de-relance

2 https://reporterre.net/Les-effectifs-des-gardes-forestiers-sont-tailles-a-la-hache

3 https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/07/10/le-ministre-de-l-agriculture-rallie-le-camp-des-defenseurs-d-une-exploitation-intensive-des-forets_6087840_3244.html

4 https://www.alternatives-economiques.fr/france-veut-couper-arbres-couper-emissions/00098486

Retours sur la manifestation à Truffy, samedi 17 avril contre la réintoxication du monde

@ Radio France – Matthieu Le Meur

Nous étions plus de 100 rassemblé-es samedi dernier pour dénoncer le pillage honteux d’une forêt de feuillus et l’intoxication par les coupes rases du plateau de Millevaches !

Contexte
Cette coupe rase, réalisée sur le hameau de Truffy, à une période de l’hiver tout particulièrement pluvieuse, sur plus de 4 ha, participe au ravage des milieux vivants du plateau. Située en zone Natura 2000, le passage des machines y a causé l’assèchement d’un ruisseau et la détérioration d’une zone humide, la disparition d’une forêt de feuillus qui comprenait entre autres, de vieux chênes, des châtaigniers et des hêtres centenaires. Les mairies de Faux et la Villedieu, qui se sont élevées contre cette coupe en faisant remonter l’information au département, se sont vues répondre que tout avait été fait dans les règles.

Déroulé de la matinée
Sur l’impressionnant tas de troncs coupés, à quelques centaines de mètres du site pillé, une banderole “La filière bois / La forêt trinque” a été déployée pour l’occasion : c’est en effet l’industrie du bois qui est ici pointée du doigt, à l’origine de la pression mise sur les forêts et l’exigence de rentabilité qui conduit à des pratiques incompatibles avec le respect de l’environnement.
Quelques prises de parole se sont enchainées pour présenter le contexte du rassemblement et le déroulement de la matinée. Puis le petit cortège s’est mis en route travers bois pour descendre jusqu’à la parcelle en question et constater les ravages.
Dans le lot des personnes rassemblées, on a pu noter la présence des maires de Faux-la-Montagne et de la Villedieu, ainsi que de naturalistes, de forestier-es et d’agriculteur-ices, qui ont pu prendre la parole pour apporter des explications complémentaires.

Ne pas rester impuissant-es

Les groupes de travail du Syndicat de la Montagne Limousine ont ensuite présenté leurs initiatives pour prendre concrètement en charge la destruction des milieux sur le territoire :
le groupe forêt s’organise actuellement pour tenter le rachat de parcelles forestières en créant une structure adaptée (groupement forestier, coopérative, fond de dotation…). Une fois acquises, il souhaite pouvoir y organiser des formations à la sylviculture douce et ouvrir ainsi la voie aux alternatives forestières. Une manière de montrer par l’exemple aux propriétaires forestiers que d’autres gestions sont possibles.
le groupe agriculture lui aussi souhaite trouver des solutions contre les coupes rases : il
propose de créer une association capable de récupérer des parcelles rasées afin de les sortir de la logique “coupe-plantation”. Dès lors, il s’agira de réfléchir collectivement aux usages les plus adaptés à la restauration de chacune : pâturage pour favoriser le réenrichissement des sols, régénération spontanée et réduction des usages, plantation diversifiée selon les principes de l’agriculture syntropique…
le groupe eau a exposé la prochaine Fête du Bassin versant de la Vienne qui se déroulera du 31 mai au 12 juin. Les impacts sur l’eau de l’industrie forestière ne sont pas des moindres. La question de la gestion collective des forêts devrait y être discutée et enrichie des différentes discussions et rencontres que permettra cette fête.

Un réseau de luttes locales contre la réintoxication
Ce rassemblement fait échos aux quarante autres actions qui ont été menées partout en
France ce même jour, pour lutter contre l’implantation d’une ferme-usine, l’extension de carrières de sable, l’artificialisation de jardins ouvriers, la construction de zones industrielles, l’arrivée d’un entrepôt Amazon, des projets routiers détruisant des terres agricoles…

Revue de presse :
Un très bon article de La Montagne qui met en lumière les principaux arguments contre la coupe rase, les leviers d’évolution des pratiques, et le paradoxe des politiques publiques.
Un reportage de France bleu Limousin qui met en exergue le Syndicat de la Montagne Limousine et la solution proposée par le groupe agricole de “réparer” les coupes rases par du pâturage. Précisons que cette pratique s’appliquerait davantage à des coupes rases de résineux.
Un article de France bleu Limousin, pas terrible, qui identifie les manifestant-es comme des “anti-coupes rases” et donne la parole au syndicat des sylviculteurs qui insiste sur le fait que les coupes rases sont très encadrées.

Un reportage de France 3 Limousin, diffusé dans toute la région au 19/20 du 17 avril. Bonne contextualisation de la coupe rase. Si les forestiers se défendent en justifiant que toutes les coupes sont régénérées par la suite, le dernier mot est laissé à Thierry Letellier (maire de la Villedieu) qui contre cet argument avec brio.
Replay : jt du 17/04 à partir de 7’45 jusqu’à 9’35.
Article sur le site internet de France 3

Rassemblement contre les coupes rases et contre la ré-intoxication du monde – 17 avril 2021

SAMEDI 17 AVRIL, RASSEMBLONS-NOUS SUR UNE COUPE RASE POUR LUTTER CONTRE LA REINTOXICATION DU MONDE !
RDV 9h30 à Truffy (commune de Faux-la-Montagne, 23)

Dans le cadre de la journée du 17 avril contre la réintoxication du monde, nous vous convions à un rassemblement convivial à partir de 9h30 sur une coupe rase de feuillus située au hameau de Truffy (Faux-la-Montagne).

Dénonçons la pratique de la coupe rase sauvage, particulièrement lorsqu’elle détruit une forêt vivante diversifiée de feuillus !

Nous répondons ainsi à l’appel national du 17 avril rassemblant des actions contre les industries toxiques et l’artificialisation des terres, en résonance avec la journée mondiale des luttes paysannes. Sur un territoire comme le nôtre, la forêt est au cœur de ces enjeux.

Cette action, publique et ouverte, cherche à visibiliser l’atteinte au milieu que représentent les coupes rases et ainsi interpeler les propriétaires de parcelles forestières autant que les exploitants sur ces pratiques. Nous faisons aussi appel à plus de vigilance de la part des habitant-es et des élu-es.

Le temps d’une matinée nous vous proposons de partager un petit déjeuner et de réoccuper cet espace avec les envies et l’imagination de chacun-e, et de terminer par un repas partagé le midi !

Le Syndicat de la Montagne Limousine
contact : agir17-foret23@riseup.net

Près d’une centaine de personnes ont répondu à l’appel ce 17 avril à Truffy, quelques retours dans la presse locale:

https://www.francebleu.fr/infos/environnement/en-images-apres-l-abattage-de-5-hectares-de-foret-les-opposants-aux-coupes-rases-se-mobilisent-1618681328

https://www.lamontagne.fr/faux-la-montagne-23340/actualites/a-faux-la-montagne-creuse-le-ras-le-bol-des-coupes-rases-sur-les-forets_13942167/

La forêt en débat

L’objectif de cette enquête, qui sera aboutie dans quelques mois, est de formuler de nouvelles lois capables de répondre aux défis du réchauffement climatique, tout en imaginant un avenir pour la filière bois française. La réunion publique du 8 février 2020 à Saint-Angel avait pour but de présenter les avancées de cette enquête parlementaire aux habitants et professionnels du Plateau afin d’en débattre avec eux : « S’écouter et réfléchir ensemble sur ce qui est possible, désirable, responsable, pour l’avenir de nos forêts » était le slogan figurant sur le tract d’invitation à cette assemblée.

Sortir du clivage écolo/forestier

La réunion a commencé par une présentation de Nicolas Rohart, forestier indépendant depuis plusieurs années, diplômé de l’école forestière de Meymac et membre de l’équipe qui aura permis l’accueil de l’enquête parlementaire sur le Plateau. Nicolas a voulu insister sur la nécessité de sortir du clivage écolo/forestier qui dure maintenant depuis plus de 40 ans, depuis bien trop longtemps selon lui. « Oser se parler, oser réfléchir ensemble sur l’avenir de la filière bois », disait-il en conclusion de son préambule. Un discours d’apaisement donc, et une invitation ferme à se retrousser les manches et à se remuer les méninges, à arrêter de dépenser de l’énergie pour lutter les uns contre les autres pour bien lutter ensemble contre le réchauffement climatique ; mais aussi, de fait, sortir des logiques productivistes qui en sont largement responsables. Son intervention fut suivie de celle de Mathilde Panot qui a brièvement présenté les différentes propositions de loi issues de leur enquête (forêts mélangées, interdiction des coupes rases ?). Nous avons ensuite assisté à près de deux heures de débats qui ont su rester courtois malgré les différences de points de vue ou de sensibilités parfois présentes dans l’assemblée.

enquete foret 2020 montagne limousine

Des bonnes pratiques pas très visibles…

Commençons par les éléments de concorde : tout le monde était d’accord pour reconnaître la gravité de la crise climatique. C’est déjà ça. En revanche, les premiers éléments de discorde sont apparus avec l’intervention d’industriels de la filière bois, car selon eux, ils fournissent déjà de nombreux efforts : ils s’intéressent et appliquent diverses bonnes pratiques, produisent des plantations mélangées, travaillent la biodiversité, et s’en réjouissent autant que les écologistes. Ce qui leur a été répondu était, sans surprise, que toutes ces bonnes pratiques n’étaient pas si visibles que ça sur le plateau de Millevaches, de nombreux habitants faisant remarquer l’omniprésence des coupes rases et de la monoculture. Et c’est à cet endroit que s’est cristallisé le principal enjeu du débat : les industriels ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas continuer comme si de rien n’était mais qu’ils avaient déjà entamé un changement des pratiques, cependant, pour la plupart des gens présents dans la salle, c’était loin d’être suffisant. « Ça y est, on y est dans le mur. C’est pas demain, c’est aujourd’hui ! Ok, les forestiers industriels nous disent qu’ils s’y mettent, mais il faut accélérer, vraiment ! », pouvait-on entendre parmi les habitants.

Lois ou incitations ?

Un autre point de débat portait sur la réelle efficacité des lois et des interdictions. Tout d’abord, et cela fera l’unanimité chez les travailleurs de la forêt, industriels comme alternatifs : « La forêt se joue au cas par cas : chaque forêt et chaque arbre nécessite une compréhension unique, et donc, il est impossible de penser la forêt en termes de loi. Les pratiques forestières ne peuvent que rester intuitives et sensibles, au cas par cas. » Les industriels ont ensuite souligné que les bonnes pratiques étaient déjà recommandées dans des chartes et divers textes mais qu’elles n’étaient pas appliquées, insistant sur le fait qu’il fallait sans doute s’interroger sur les raisons de la non mise en pratique de tous ces bons conseils, et que de nouvelles lois ne viendraient pas éclaircir le problème. La député Mathilde Panot a alors directement rétorqué qu’en effet, à chaque fois que les institutions produisaient des incitations au travers de textes, de circulaires, de communications, cela ne marchait pas, et qu’il fallait bien des lois pour interdire, purement et simplement, les mauvaises pratiques.

De l’interdit à l’entre-dits

Nicolas Rohart est intervenu en rappelant l’étymologie du mot interdire, qui signifie : ce que l’on se dit « entre-nous » de ce que l’on ne peut pas faire… Pourtant, le mot interdit est bel et bien chargé d’une connotation négative dans nos sociétés hautement libérales et libertaires, ce pour quoi Nicolas a proposé le néologisme entre-dits. Puis il a conclu en définissant son imaginaire : une espèce de somme d’entre-dits qui ferait que les gens sur le Plateau arrêteraient les mauvaises pratiques, sans parler de police, sans parler de lois civiques, mais bien de ce que l’on décide ensemble dans le pays, pour le pays.

Enfin, il a été dit, et cela pourrait ressembler à une forme de conclusion : « Nous ne changerons pas la crise écologique sans changer la crise sociale », autrement dit, si c’est bien la course à l’argent qui mène aux mauvaises pratiques, alors c’est bien à cette course à l’argent, présente chez les riches comme chez les pauvres, qu’il faut s’attaquer. Comment ? Seul le député Ugo Bernalicis s’est aventuré sur ce terrain en proposant une solution institutionnelle : « Comme pour chaque grande transition industrielle que la France a traversée, il a fallu mettre de l’argent sur la table, et quand je sais qu’une nouvelle gestion forestière impliquerait de nombreux emplois alors qu’il y a des millions de chômeurs dans ce pays, je ne vois pas pourquoi on ne le ferait pas. »

Un mouvement d’habitants et de forestiers

Une transition écologique depuis le bas vers le haut ? Un bond en avant national à la Roosevelt ou à la Mao ? Une prise de conscience générale permettant de produire des entre-dits capables de dépasser la course à l’argent et les situations d’angoisse individualisées face aux fins de mois ? La réflexion ne fait que commencer. Un mouvement d’habitants et de forestiers s’est donc constitué sur le Plateau autour de cette visite parlementaire. Il ne reste plus qu’à envisager la suite de ce mouvement, aiguiser les réflexions, imaginer des surgissements, des actions, des publications, afin que les élus locaux veuillent bien participer à leur tour à ce débat important qu’est la fin du monde et la fin du mois, plutôt que de rester bien au chaud dans leurs bureaux de fonctionnaires. Car en effet (à part quelques rares élus de petits villages), si les élus locaux, maires, députés et autres, ont réellement brillé durant ce week-end d’enquête parlementaire auprès de la population locale, c’est bien par leur remarquable absence… 

(Article initialement paru dans IPNS n°70)