entete

« Accueillir ici »

Le projet avance à toute allure. Le groupe Exilé·es a choisi de demander à rejoindre le mouvement Emmaüs. Faisons le point.

Alors qu’une nouvelle loi « asile et immigration » s’annonce, les représentants d’Emmaüs dénoncent, dans une tribune au Monde du 1er février, « l’essor de cette pensée raciste décomplexée » et nous encouragent : « Toutes et tous, prêtons main-forte aux nombreuses associations qui viennent en aide aux personnes exilées ». Le groupe Exilé·es a choisi de demander à rejoindre le mouvement Emmaüs pour offrir de meilleures conditions de vie et une meilleure protection aux personnes accueillies. Nous vous racontons où nous en sommes aujourd’hui, à la fin de l’hiver 2024.

OACAS, Organisme d’Accueil Communautaire et d’Activités Solidaires

Les structures qui bénéficient de cet agrément peuvent accueillir toute personne, quelle que soit sa situation administrative et lui apporter une protection : elles s’engagent à offrir un hébergement digne, sous forme de vie communautaire, des activités solidaires, et à accompagner les personnes accueillies dans leurs démarches administratives, l’apprentissage du français, le soutien psychologique et la formation.Les compagnes et compagnons – les compas – reçoivent une « allocation communautaire » mensuelle d’environ 390 euros.

L’Association porteuse du projet : LE MAS de Peyrelevade

Déjà engagée depuis 7 ans dans l’accueil des personnes exilé·es, l’association Montagne Accueil Solidarité (MAS) de Peyrelevade, réunit des habitant·es de différentes communes, dont Faux-la-Montagne, Felletin, Gentioux et Tarnac
Le MAS a désormais deux branches 

  • la branche Accueil qui assure l’hébergement des personnes exilées et l’accompagnement de jeunes en formation, principalement au lycée des métiers du bâtiment de Felletin. Les personnes sont accueillies chez l’habitant·e ou à la Maison aux Volets Rouges, déjà acquise en 2017 dans le bourg de Tarnac.
  • la nouvelle branche Communautaire qui s’occupe de la mise en place et du fonctionnement de la future communauté Emmaüs de la Montagne limousine.

Une nouvelle maison d’accueil

L’année a commencé avec une bonne nouvelle : tout début janvier, le MAS de Peyrelevade a officiellement réalisé l’achat d’une maison dans le bourg de Tarnac, grâce aux dons de particuliers et du soutien financier de la fondation Abbé Pierre, du Fonds Riace, de la fondation de France et du Fonds de dotation la Solidaire.
À deux pas de la Maison aux Volets Rouges, l’endroit est prometteur : un grand jardin arboré, une maison lumineuse et spacieuse pouvant héberger des personnes seules ou en famille, des espaces de vie communautaire, et un niveau entier de 150 m² pour un atelier de conserverie. Le pavillon est un peu défraîchi et des aménagements sont nécessaires, c’est maintenant une phase de réflexions et de travaux qui s’annonce : plans, isolation, réfection de la plomberie et du chauffage. Nous sommes ravi·es de pouvoir déjà compter sur l’engagement de camarades apportant leur savoir-faire et leur énergie, une partie des travaux pourrait être aussi réalisée avec les compas eux-mêmes.

La future conserverie

Le rez-de-jardin sera dédié à une activité de conserverie qui contribuera à l’autonomie économique indispensable à toute communauté Emmaüs. Ce projet de conserverie avait été imaginé depuis quelques années par un groupe de travail du Syndicat, il a fusionné avec les travaux du groupe Exilé·es et est aujourd’hui porté par le MAS de Peyrelevade. Mené par une passionnée de conserves qui se forme à la mise en place de l’activité et à la fabrication, le projet s’est affiné au gré des différentes visites et recherches. Le projet que nous portons consiste à soutenir la production locale et sera accessible aux agricultrices et agriculteurs ainsi qu’aux particuliers. Nous souhaitons que cet atelier nous permette d’utiliser au mieux les ressources du territoire en comptant sur les cultures et le glanage.

D’autres activités en vue

Nous étudions d’autres possibilités d’activités pour parvenir à l’autonomie économique de l’OACAS. Une activité de traiteur pourrait proposer des plats à emporter ou livrés, confectionnerait des repas servis lors des nombreux évènements et rencontres qui ont lieu sur la Montagne limousine. D’autres pistes sont encore à l’étude (maraîchage, pain, tofu, œufs).

Rejoindre Emmaüs

Nous avons choisi de demander à rejoindre le mouvement Emmaüs car nous en partageons les valeurs : Emmaüs revendique un accueil inconditionnel, sans distinction d’origine, et soutient quiconque en aurait le besoin, au sein d’une communauté. Rejoindre un réseau, c’est aussi pour nous l’occasion de faire des rencontres, de permettre des circulations entre des lieux de vie, et par là même, de se renforcer dans nos projets. C’est aussi la possibilité pour nous de participer à une action politique nationale de lutte contre la précarité, le mal-logement et les situations désastreuses des personnes exilées sur notre sol.
À divers endroits, des compagnons dénoncent mauvais traitements, exploitation, violences verbales et sexuelles et expulsions ciblées de la part de dirigeants de communautés Emmaüs. Ces communautés-là qui ont une grande indépendance et autonomie fonctionnent grâce à un système d’exploitation de la pauvreté et de la précarité des personnes sans papier. Nous sommes évidemment contre ces agissements et soutenons toutes les personnes en lutte.
Néanmoins, grâce à des voyages et des rencontres, nous découvrons aussi la richesse et la diversité du mouvement. Des communeautés situées en territoire rural nous inspirent, basées non pas sur le traditionnel bric-à-brac, mais sur des activités agricoles et alimentaires. L’idée est neuve et se diffuse au sein du réseau puisqu’une quarantaine de communautés ont aujourd’hui des activités agricoles visant l’autonomie et la qualité alimentaire.

Un processus en cours

Fin décembre nous avons reçu la visite de deux salarié·es d’Emmaüs France, le responsable national des branches communautaires, qui accompagne notre démarche, et la responsable de mission « agriculture et alimentation durable », pour nous conseiller sur nos projets agricoles.
Ils ont découvert un territoire riche et habité, pourvu d’une grande dynamique associative et d’une solidarité éprouvée. Ils ont pu voir aussi que le projet, bien qu’exigeant et complexe, regroupe beaucoup de personnes très investies et déjà liées par une histoire commune d’accueil et de résistance.
Notre future communauté sera un lieu de rencontres et de solidarité qui apportera sa contribution à la vie du territoire, les compas partageront leurs différents savoir-faire, ainsi que les bénévoles, en participant à des activités locales, sportives, culturelles, et à l’organisation de festivités.
Le parcours pour intégrer Emmaüs suit son cours et nous espérons entrer prochainement en phase de probation, nous y mettons beaucoup d’énergie et d’enthousiasme !


Notre participation à la campagne «indign’action»

En ce début d’année Emmaüs lançait « indignaction », une campagne de mobilisation en guise d’anniversaire, 70 ans après l’hiver 1954 où l’abbé Pierre appelait à « l’insurrection de la bonté ». 70 ans de combats !
Dimanche 4 février, nous avons donc organisé une journée de rencontres à Tarnac, pour présenter notre projet. Dès 14 heures, environ 150 personnes, soutiens, curieux, élu·es, médias locaux, ont répondu à l’invitation et ont pu visiter la toute nouvelle maison. L’après-midi s’est poursuivie avec la projection du film HIVER 54 à la salle des fêtes et un goûter offert par les bénévoles du MAS.